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QE, le Quantitative Easing (Assouplissement Quantitatif) en 2020

Qu'est ce que le Quantitative Easing (QE) ?

L’assouplissement quantitatif (Quantitative Easing) est une forme de politique monétaire non conventionnelle dans laquelle une banque centrale achète des titres à long terme sur les marchés dans le but d’augmenter la masse monétaire et d’encourager les prêts et les investissements 1. Acheter ces titres « ajoute » de la nouvelle monnaie à l’économie et permet de baisser les taux d’intérêts. Comme indiqué plus haut, les banques centrales augmentent la masse monétaire en achetant des notamment des obligations d’État ou d’autres titres. Augmenter la masse monétaire permet de réduire le coût de la monnaie. Un coût de la monnaie plus bas implique des taux d’intérêts plus bas. Quand les taux d’intérêts sont bas, les banques ont tendance à prêter plus facilement. Parallèlement, l’épargne est moins rémunérée. Cette politique monétaire est utilisée lorsque les taux d’intérêts approchent 0. En effet, à ce moment-là, les banques n’ont plus d’autres outils disponibles pour influencer sur la croissance.

Voir : Investopédia

Le Quantitative Easing, une solution pour sortir de la crise ?

Depuis 2015 et jusqu’à la crise covid, la BCE a avait déjà mobilisé 2500 milliards d’euros de liquidités à travers des mesures d’assouplissement quantitatif (Quantitative Easing). Dans le but de sortir de la crise, la banque centrale européenne a accéléré l’application de cette politique monétaire non conventionnelle à hauteur de 1350 milliards début juin. Cette intervention s’est prolongée durant toute l’année 2020 et porte le bilan de l’opération à plus de 6000 milliards d’euros, soit l’équivalent de la moitié du PIB de la zone euro tout entière (12 000 milliards). Avec la forte pratique de cette politique, la BCE ne s’éloigne-t-elle pas de la base de son mandat ?

L’assouplissement quantitatif (Quantitative Easing) est une politique monétaire très expansionniste et ne peut faire disparaître les causes structurelles de l’absence d’inflation. En 2019, le taux d’intérêt des dépôts des banques à la BCE passe au négatif (-0,50%). Sur ce nouveau terrain, la courbe de Phillips ne fonctionne plus : malgré ce passage au négatif des taux, le taux de chômage de la zone euro a baissé régulièrement de 12% en 2012 à 7,4% en 2019. Dans ce cas, nous pouvons nous demander pourquoi appliquer une telle politique monétaire ? Quels en sont les avantages ?

Fiscalisation de la politique monétaire

La BCE stimule la demande de manière à contraindre les entreprises à devenir plus efficaces ? Non, les gains de productivités sont très rapidement devenus nuls. La BCE cherche-t-elle à pousser les banques à prêter davantage ? Non, on observe une croissance du crédit de 3% par an en moyenne, ce qui n’est pas convaincant au vu de l’ampleur des assouplissements quantitatifs (Quantitative Easing) réalisés. De plus, les taux d’intérêt bas font monter depuis 2015 les prix de l’immobilier mais pas la construction de logements.

On parle alors de fiscalisation de la politique monétaire, « la BCE essaie de maintenir la solvabilité budgétaire d’un certain nombre de pays de la zone euro en faisant baisser les intérêts payés sur leur dette publique »2. Selon certains détracteurs de la politique actuelle menée à la BCE, ce n’est pas le rôle que la politique monétaire doit jouer. D’après eux, son rôle n’est pas d’assurer les dettes publiques.

L'hélicoptère monétaire

Une chose est sûre, la crise due à l’épidémie de covid-19 est très différente des grandes crises que nous avons connu jusqu’à lors. En effet, les crises de 1929 et la faillite de Lehman Brothers en 2008 sont d’abord nées dans la sphère financière et se sont ensuite étendues, de par leur ampleur systémique, à l’économie réelle. Dans la crise actuelle, seul l’assouplissement quantitatif (Quantitative Easing) semble pouvoir répondre au très fort besoin des États et des entreprises. La croissance mondiale attendue en hausse de 3% sur 2020, devrait reculer aux alentours des 4%.

Avec l’utilisation de cette politique monétaire non conventionnelle pour supporter la crise, nous rentrons dans l’âge de l’« hélicoptère monétaire »3, notion proposée par l’économiste français Maurice Allais, prix Nobel en 1988, qui désigne le financement direct, illimité et sans contrepartie par les banques centrales de tous les acteurs de l’économie.

A court terme, l’endettement des États auprès de la banque centrale européenne peut être soutenable si les taux négatifs perdurent (ce qui semble acquis) et qu’aucune autre secousse interne ou externe ne surgisse (ce qui est beaucoup moins certain). Par contre, à long terme, adopter une telle politique serait surement fatal à nos économies de marché. Nous en avons eu un aperçu avec le Japon, qui cumule dettes publiques élevées, taux négatifs, rachats massifs de titres publics et privés, le tout combiné avec une population qui vieillit fortement. Une telle politique à long terme dans la zone euro semble donc rendre inévitable une potentielle baisse de la croissance.

Si les avantages d’une telle politique monétaire semblent évidents – à savoir que celle-ci permet de stimuler l’économie dans un contexte où agir sur les taux d’intérêts directeurs ne suffit plus et qu’elle permet surtout de supporter les entreprises et les États en ces temps de crise – qu’en est-il de ses inconvénients ?

Les effets néfastes du Quantitative Easing

La création monétaire massive induite par les assouplissements quantitatifs (Quantitative Easing) n’est pas sans dangers et peut avoir plusieurs effets néfastes. Premièrement, elle peut mener à gonfler la bulle boursière, au profil des gros détenteurs d’actifs financiers et la bulle immobilière au détriment des salariés urbains, ce qui aggrave les inégalités 4. Ensuite, cette politique offre une liquidité « faussée » sur les marchés, qui se sentent fonctionner normalement. On observe alors une forte inflation des actifs et des prix qui ne reflètent plus la réalité du marché. Les principaux détracteurs de l’utilisation abusive de l’assouplissement quantitatif (Quantitative Easing) sont ceux pour qui l’épargne est primordiale, notamment les allemands, qui sont allés jusqu’à porter plainte devant la cour constitutionnelle de Karlsrhue. En effet, tout médicament ayant ses effets secondaires, une telle politique monétaire implique un massacre de l’épargne, qui n’est presque plus rémunérée. Enfin, un rachat de titres aussi massif que celui effectué par la BCE provoque un dérèglement de l’appréciation des risques, ces derniers devenant totalement diffus dans les marchés. Et, nous l’avons appris des crises précédentes, des risques cachés sont des risques très dangereux, qui peuvent potentiellement nous mener dans une crise financière dont nous ressentirons réellement les effets.

Cependant, ce dernier risque évoqué n’est pas le seul à préoccuper les économistes. En effet, les spreads ont déjà augmenté depuis le début de la crise sanitaire. Que deviendra la différence des taux si la BCE ralentit dans son intervention ?

La zone Euro sous tension

La zone euro est déjà sous tension car scindée entre dérive économique et financière des cigales du Sud et critiques contre l’assouplissement quantitatif (Quantitative Easing) effectué par la BCE par les frugaux du nord. On peut alors imaginer que la crise d’abord sanitaire puis financière se transforme ensuite en crise politique généralisée dans la zone euro.

De plus, le financement des dettes publiques et privées, alors que la majorité de ces dernières ne sera jamais remboursée, repose entièrement sur la liquidité infinie théorique des banques centrales, qui permettent de supprimer le risque de crédit. Le risque détecté ici concerne la confiance placée dans les banques centrales, qui pourrait s’effondrer et entrainer la monnaie avec elle, comme observé en Argentine récemment.

Enfin, il pourrait exister une limite à la politique d’assouplissement quantitatif (Quantitative Easing) poursuivie par la BCE, la « trappe à liquidité ». Il s’agit d’un phénomène économique proposé par Keynes dans lequel « une fois que le taux d’intérêt a chuté en deçà d’un certain niveau, la préférence pour la liquidité est telle qu’elle devient absolue, dans le sens où presque tout le monde préfère conserver de la monnaie plutôt que de détenir de la dette, du fait du taux d’intérêt si bas »5. La trappe à liquidité est liée à l’activité d’une banque centrale. Cette dernière peut décider d’augmenter la masse monétaire afin de relancer l’économie, provoquant une diminution du taux d’intérêt. En revanche, en dessous d’un certain taux, cela ne fonctionnera plus. Les individus préfèreront conserver de l’argent liquide plutôt que de la dette. Passé ce seuil, l’expansion monétaire ne conduira plus qu’à l’augmentation d’une demande de monnaie pour spéculation et non transaction, ce qui empêchera une relance par la consommation telle qu’on la connait.

Les questions à se poser

Pour résumer, la poursuite de la politique monétaire expansionniste actuelle s’expliquerait par le souhait d’éviter à tout prix le retour d’une crise des dettes publiques. La première question que l’on peut alors se poser est de savoir si cet objectif est légitime. En effet, cette politique monétaire non conventionnelle encourage les États à ne pas revoir leurs politiques budgétaires. Comment ces dernières peuvent-elle s’améliorer dans le contexte actuel, où les revendications vont se multiplier dans de nombreux domaines (Santé, Éducation, Infrastructures, Sécurité, Lutte contre le réchauffement climatique) ? Ensuite, les coûts suggérés par cette politique (massacre de l’épargne, affaiblissement des intermédiaires financiers, bulles sur les prix de l’immobilier, abstraction de la véritable valeur de certains actifs) ne sont-ils pas excessifs voire néfastes pour l’avenir ?

1 Quantitative Easing, Investopedia.

2 La banque centrale ou les mystères d’une politique monétaire, Patrick Artus.

3 L’âge de l’« hélicoptère monétaire », Nicolas Baverez.

4 « Sortie de crise : jusqu’où pourra aller la BCE ? », Maxime Maury, Jean-François Verdié.

5 The general theory of employment, interest and money, Keynes, John Mayard.

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À propos de l'auteur

Thibault

Co-fondateur de Sans Cravate et grand passionné de finance et d’entrepreneuriat.

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